A l’origine : des cabanons Durville à l’évolution des constructions

A l’origine, la construction d’Héliopolis démarre dans des conditions extrêmement difficiles : tous les matériaux doivent être transportés par bateaux, dans des cales ouvertes, sans engin de levage, être entreposés dans des lieux improbables puisqu’il n’y a pas de docks au seul port existant : le port de l’Avis, aujourd’hui en zone militaire. En mars 1932, les lots du futur lotissement sont proposés à la vente avec un bungalow en Celotex (produit américain à base de canne à sucre compressée), qui pourra être ensuite démonté pour laisser la place à une future et hypothétique construction en dur. Cinq modèles de bungalows sont disponibles, avec des superficies allant de 9 m² à 50 m², à des prix abordables. Malheureusement, ce projet est abandonné assez vite et remplacé par des bungalows en brique creuse ou en fibrociment, bien plus onéreux.

Les premiers bungalows proposés aux futurs propriétaires
Cabanon d’origine aux Bromélias.
Cabanon d’origine de Soleïa.

Les premières constructions sont mises en oeuvre avec du sable de mer, sans citerne de récupération des eaux de pluie et, plus grave encore, sans assainissement. La plus grande anarchie règne pendant des années, chacun construisant selon ses moyens financiers, ses goûts, ses priorités. Les problèmes d’eau, d’assainissement et de gestion des déchets en tout genre, sont très importants. En 1947, le constat est décrit ainsi dans le journal de l’ADIL : ” Héliopolis est un village fait de villas sans aucune unité de style : une maison normande, un chalet suisse, un pavillon de banlieue parisienne. ” Cette situation ne pourra jamais être vraiment changée, seulement un peu améliorée par l’obligation d’obtenir un permis de construire et l’accord du Syndicat d’administration en amont. Les levantins ont pris l’habitude d’agir à leur guise et les moyens pour les contraindre au respect de la législation sont toujours restés très insuffisants. Le Domaine d’Héliopolis est en conséquence un ensemble de constructions complètement atypique, mais non dénué de charme. De cette anarchie qui a perduré pendant plusieurs décennies est née une urbanisation à multiples facettes, d’une originalité décomplexée, à la fois mise en valeur et en harmonie par une végétation omniprésente. La liberté d’inspiration, de style, de matière, devient source d’une infinie poésie, comme l’illustre ce kaléidoscope des noms et numéros d’adressage des villas d’Héliopolis.